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                                                HISTOIRE DU CINÉMA PÉRUVIEN

Avant la traditionnelle arrivée des opérateurs Lumière parcourant le monde et disséminant ainsi les germes d’une histoire du cinéma local, au Pérou c’est la firme Edison qui fait ses premières manifestations.  Les prises de vues locales commencent difficilement avant les années 1910, les milieux aristocratiques  préférant le spectacle visuel  de paysages urbains européens. On trouve cependant quelques scènes présentant des paysages, des architectures du Pérou. Ce n’est qu’en 1913 qu’apparaissent les premiers courts métrages de fiction, à la demande des milieux populaires très intéressés par les comédies. L’exploitation se met en place avec des salles proposant des accompagnements musicaux.

En 1922 le premier long métrage est réalisé :Camino de venganza   de José Ugarte.   Avec le thème de la saine   vie rurale opposée à la dangereuse vie de la capitale, ce premier long métrage amorce ce qui constituera un thème récurrent du cinéma péruvien. Il faut attendre 1927 pour qu’apparaisse le prochain long métrage (Luis Pardo d’Enrique Cornejo Villanueva). L’attrait pour le cinéma est réel, mais il est trop rapidement satisfait par les films importés des États-Unis et le Pérou succombe comme tant d’autres pays au charme dévastateur du personnage incarné par Charlie Chaplin. L’industrie américaine s’est déjà d’ores et déjà bien implantée au Pérou.

On en retrouve des traces chez le cinéaste chilien Alberto Santana occupant le terrain des manifestations cinéma au Pérou de la fin des années 1920 au début des années 1930 avec un film intitulé Como Chaplin (1929).

En 1926, un film faisant référence à la guerre du Pacifique dans laquelle était engagé le Pérou à la fin du siècle dernier (conflits de frontières entre le Chili face au Pérou et à la Bolivie de 1879 à 1884) crée la polémique. Cette guerre est restée dans les consciences et lorsque le film en question présente des personnages comme des martyrs de la nation, la presse s’emballe. C’est aussi le début du cinéma considéré comme un média à considérer dans la vie sociale et culturelle.

En 1928 une superproduction péruvienne remporte un grand succès public et deviendra le premier film présenté officiellement à l’étranger (à l’occasion de l’exposition de Séville) : c’est La Perrichola.

L’essor du cinéma péruvien se précise avec la naissance de la société de production Amauta Films. Il s’ensuit une production annuelle croissante de films variés : mélodrames, comédies légères, drames urbains. Les vedettes de la radio prêtent leur aura à ces productions en y jouant.

Les deux décennies suivantes (1940-1950) verront malgré tout une chute progressive de la production face à l’augmentation des films importés. Avec la Seconde Guerre mondiale,  si le cinéma issu des États-Unis se fait  plus discret, c’est au profit de son voisin frontalier, le Mexique, qui inonde les salles péruviennes des flots de sa production. En effet, ce que l’on considère comme l’Âge d’or mexicain aura pour conséquence d’alimenter durant quelques décennies toute l’Amérique latine de ses productions cinématographiques.

Le retour du cinéma des États-Unis après la guerre, porte un coup fatal à la production locale : de 1949 à 1950, aucun long métrage péruvien ne verra le jour. Les cinéastes se réfugient dans des formes au coup plus réduit, comme les courts métrages et surtout les documentaires.

Le temps est venu à l’introspection vis-à-vis du cinéma péruvien des années précédentes. C’est à ce moment qu’est créé le ciné-club de Lima dans la volonté de poursuivre les efforts en l’absence de moyens pour tourner  les films. Cuzco verra le même élan et Georges Sadoul, en s’intéressant au groupe de cinéastes constitué par Manuel & Victor Chambi, Luis Figueroa, Eulogio Nishiyama et César Villanueva, marque cette étape importante du cinéma péruvien en parlant d’ « École de Cuzco ».

Ces cinéastes se lancent dans des courts métrages ethnologiques en 16 mm et en couleurs. Leurs efforts seront récompensés avec la renommée internationale du film Kukuli. Film clé de l’histoire du cinéma péruvien qui jette en même temps les bases du cinéma indigéniste. À la fin des années 1960, ce mouvement se retrouve un peu en perte de vitesse.

Comme dans les autres pays, le cinéma péruvien est confronté à l’arrivée de la télévision. Au Pérou les débuts des sempiternelles telenovelas rencontrent un vif succès qui leur assurera une certaine pérennité.

Le Mexique décide de faire face en initiant des coproductions avec le Pérou : en 1965, c’est la création de Filmadora Peruana. Les films produits reposent pour l’essentiel sur l’exploitation du star system propre de ces pays. En outre, ces mesures bénéficient d’une loi où les films péruviens ne seront plus taxés dans leur distribution nationale.

Dans le même temps, les temps de réflexion sur l’identité d’un cinéma national à travers

Festival Cinéma Péruvien au Cinéma des cineastes du 14 au 20 novembre 2007

les ciné-clubs  et l’expérience de l’École de Cuzco se poursuivent avec la création d’une revue cinéphilique en 1965, Hablemos  de cine. Le cinéma d’auteur tente de voir le jour avec les films d’Armando Robles Godoy. Si les films sont véritablement aboutis, l’expérience sera limitée en l’absence d’un succès public suffisant.

Les années 1970 voient des militaires réformistes au  pouvoir qui perçoivent  l’intérêt du cinéma   et décident     de voter la Loi d’Encouragement à l’industrie cinématographique en 1972. De nombreux courts métrages, comme autant d’exercices d’expérimentation, sont produits. On découvre le courant des « contes immoraux » ainsi que d’un « cine campesino » adaptant des œuvres littéraires ayant pour sujet le monde rural.

Francisco Lombardi commence sa carrière prolifique avec Muerte al amanecer en 1977. Avec le prétexte des dernières heures d’un condamné à mort, Lombardi mène une réflexion sur la société péruvienne contemporaine.  Il fera également parti des cinéastes qui réaliseront les épisodes du film Cuentos immorales.

D’autres cinéastes se font remarquer aux côtés des cinéastes consacrés que sont devenus Figueroa, Lombardi    et Garcia : Felipe Degregori, Alberto Durant, Augusto Tamayo, Nilo Pereira del Mar, Danny Gavidia ainsi que   le groupe Chaski. Ce dernier est constitué de réalisateurs qui ont décidé de tourner leur caméra vers les quartiers marginaux de Lima.

Si les années 1980 ont été marquées par les débuts de toutes ces figures incontournables du cinéma péruvien,     le pays a beaucoup souffert de la crise économique et du terrorisme mené par le Sentier lumineux.

Les difficultés   économiques conduisent  plusieurs cinéastes à poursuivre leurs films sous format  vidéo.              De nouvelles  lois apparaissent  dans la  décennie  1990,  visant à soutenir la  production   péruvienne. Le gouvernement délègue  alors cette   tâche à un Conseil  National de la  Cinématographie  (CONACINE).

Avec le début du vingt-et-unième siècle, le cinéma péruvien trouve un second souffle à l’étranger. Ce sont en effet les manifestations cinématographiques à l’occasion de festivals en Europe et ailleurs qui offrent des opportunités de projection à des cinéastes émérites. Certains présentent ainsi leur premier long métrage. Le public du cinéma péruvien s’élargit, favorisant les coproductions et les collaborations internationales. En trois  ans, vingt longs métrages ont ainsi reçu à eux seuls 150 prix dans ces festivals. L’histoire du cinéma se poursuit en étroite relation avec l’étranger qui permettent de connaître des films méconnus mais d’un grand intérêt, à l’instar du mouvement des « ciné clubs » dans les années 1950 qui a relancé le cinéma grâce à une réflexion et des recherches fécondes.

                                                                                                                                             Cédric Lépine

 

 
 

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