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5ème FESTIVAL DE CINEMA PERUVIEN DE PARIS

- du 4 au 10 février 2009 -

CINEMA ACTION CHRISTINE

4, rue Christine - 75006 Paris –

Métro : Odéon, Saint-Michel ou Pont Neuf

Tél. : 01 43 25 85 78

 

 

 

 

 

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Jovita Maeder  née au Pérou est réalisatrice et productrice. Elle a eu comme professeur le réalisateur Luis Figueroa, le représentant du cinéma andin. Elle a étudié la direction de production à Paris et organise le Festival du cinéma péruvien à Paris. Jovita Maeder a réalisé en 2003 son premier documentaire «  La terre des enfants Chachapuyas ». Le deuxième «  Mémoires d’un afro-péruvien » a été présenté en 2009 au 5ème festival péruvien.  

 


 

Jovita Maeder 

Par Agnès Figueras-Lenattier 


Pour commencer pourriez-vous nous parler des différentes étapes du cinéma péruvien ?

Le cinéma péruvien s’est beaucoup développé dans les années 60 avec le cinéma urbain d’Armando Robles Godoy dont le style était abstrait  et poétique ; et avec le cinéma andin qui représentait un mélange entre fiction et documentaire. Et c’est Luis Figueroa qui a beaucoup travaillé avec Eulogio Nishiyama et Manuel Chambi  le précurseur de l’école andine. A cette époque là c’est le genre de cinéma qui a eu le plus de résonnance et qui a fait connaître le Pérou à l’étranger. Ensuite Luis Figueroa est venu à Paris avec son film «  Kukuli » co-réalisé avec Eulogio Nishiyama et César Villanueva «  Kukuli » (1964) a été regardé par le critique de cinéma Georges Sadoul et par le futur fondateur de la cinémathèque française Henry Langlois. Ce dernier connaissait le Pérou surtout la région des Chachapoyas et a affirmé que c’était le film pouvant incarner le cinéma andin. Ils ont donné un titre et à partir de là Luis Figueroa a pu co-produire d’autres films toujours adaptés d’un roman. Los Perros Hambrientos (1976) , Yawar fiesta(1986).

 

Entre-temps d’autres films plutôt métisses et évoquant la partie politique se réalisaient à Lima. Avant Luis Figueroa, ont été produits des documentaires, des films provenant d’Europe. De 1978 a 1981 ont émergé des réalisateurs comme José Carlos Huayhuaca,  Augusto Tamayo, Federico Garcia, José Luis Flores et Pancho Lombardi un jeune ayant vu de nombreux films. Celui-ci avait un peu voyagé, avait fait des études en Argentine et est arrivé avec de nouvelles idées et une autre vision du cinéma. Les années 80 ont vu l’apparition de cinéastes comme Fernando Espinoza, Alejandro Legaspi,  Stefan Gaspar, René Weber, Oswaldo Carpio, Maria Barea, Susana Pastor, Alberto Chicho Durant et Jose Huayhuaca . Ceci s’est passé avant la crise et les Sentiers Lumineux époque du terrorisme. Par la suite s’est opéré un grand vide pendant 6,7 ans et seul Francisco Lombardi arrivait à faire des films. Personne ne voulait rester au Pérou, le tourisme ne marchait pas, et la crise économique nous submergeait. On était pris entre les Sentiers Lumineux et les militaires et c’était un vrai chaos au niveau économique et militaire. On avait mal du mal à trouver des distributeurs, et le cinéma américain avait le monopole des salles. On avait beaucoup de difficultés à se placer alors que l’Argentine, le Brésil, le Chili se développaient. Puis une nouvelle ère a vu le jour avec l’apparition de tous ces étudiants des grandes universités. Ils étaient nantis d’une envie importante de réaliser et ont profité du fait qu’il était de nouveau possible de faire des courts-métrages, des documentaires et fictions . Et à présent c’est le boom du cinéma au Pérou aves des jeunes réalisateurs : Judith Velez, Alvaro Velarde, Fabrizio Aguilar, Josué Mendez , Daniel Rodriguez et Claudia Llosa qui vient d’emporter le prix « l’ours de Berlin ».

 

Les productions se multiplient de plus en plus maintenant qu’il existe des vidéos et que les gens sont capables de produire eux-mêmes. Une évolution énorme règne sur le plan des fictions, des documentaires et même du cinéma indépendant. 

 

 Qu’est-ce que le cinéma indépendant ?

 

C’est le film vidéo de province. Ainsi chaque jeune qui veut faire des films se réunit avec les gens de son village pour écrire une histoire sur leurs propres réalités et donc montrer un nouveau cinéma. Il existe des démarches de divers côtés aux Andes et aussi sur la côte. C’est un courant, une espèce de cinéma ambulant présenté dans chaque village mais qui n’est pas reconnu comme du vrai cinéma. On trouve aussi des légendes, des contes que les Anciens racontent et qui ne sont pas forcément relatés dans les livres. Ca a beaucoup de succès et le monde du cinéma doit tenir compte de cette nouvelle façon de faire des films. D’ailleurs la comédienne Magaly Solier présente à Berlin avec le film « La teta asustada » vient d’un petit village nommé Huanta où se fait beaucoup ce genre de film. Cette année elle sera à Cannes pour la semaine de la critique avec le film "Altiplano" de Peter Brossen  


Vous êtes directrice du Festival du film péruvien qui s’est déroulé pour la 5ème année début 2009. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’organiser ce festival ?

J’ai travaillé en France comme assistante réalisatrice dans différentes productions françaises et chaque fois qu’on était dans un tournage à cause de mon accent on me demandait d’où je venais. Et quand je parlais du Pérou on me disait "Ca existe le cinéma péruvien ?" Cette réflexion m’avait beaucoup marquée et un jour avec Pancho Lombardi Augusto Tamayo et Patricia Pereira une comédienne on s’était dit qu’il serait important d’organiser un festival ou une petite rétrospective dévoilant une facette cinématographique du Pérou. Tous les réalisateurs que j’ai contactés étaient d’accord pour participer au projet et c’est ainsi qu’a été organisé le premier Festival au cinéma Le Latina. On a ouvert ce festival avec trois réalisateurs Pancho Lombardi, Augusto Tamayo, Josué Mendez, . Il devait y avoir trois longs-métrages et des  courts-métrages et documentaires.   

 

Comment se passe la sélection des films ?

On va au Festival de Lima, et il y aussi des gens sur place qui nous conseillent, des journalistes critiques de cinéma. On nous donne la liste des films, on rencontre les réalisateurs qui souhaitent présenter leurs films et le Centre national du cinéma prend tout le matériel sur place. On est cinq à choisir dont des réalisateurs, des journalistes, des producteurs et le festival. Mais ce n’est pas très difficile de faire une sélection car il n’y a pas beaucoup de films. On donne la priorité aux jeunes réalisateurs. S’ils sont aidés par le Centre national du cinéma ça signifie qu’ils sont déjà passés devant un jury et on essaye de ramener le maximum de films en France. Ca dépend aussi du budget car un festival ça coûte cher à mettre en place. On fait donc en sorte que les gens s’investissent et on voit si les réalisateurs sont sérieux, si la production est motivée ou pas..   

Cette année la remise des prix du Festival s’est déroulée au Pérou ?

Comme chaque année, le jury a décerné un prix pour les longs-métrages, les documentaires et courts-métrages. Mais cette année on a décidé que la remise des prix se ferait à Lima. On a des partenariats avec l’ambassade de France au Pérou, avec le centre national du cinéma et on souhaitait les intégrer un peu à ce festival dont ils n’entendent parler que par la presse. On s’est aussi arrangé pour que les autorités puissent participer et tout le monde était enchanté que ça se soit passé au Pérou. Les échos dans la presse ont été nombreux. On espère renouveler l’expérience et c’est important pour les péruviens qui ne peuvent pas se déplacer en France.
 
Vous avez fait un premier documentaire en 2003 intitulé «  La terre des enfants Chachapuyas ». De quoi parlait ce film ?

C’est l’histoire d’un enseignant quechua parti au Nord Est du Pérou, au sein d’une culture complètement différente de la sienne. Et il semblerait qu’il ait été adopté par les indiens Chachapuyas. Ce documentaire retrace donc son parcours et dépeint la société des Chachapuyas et ce qu’ils sont devenus. C’est une culturelle parallèle aux Incas et douée d’un grande organisation. Et il reste des vestiges très importants et une cité très intéressante nommée Quelap qui ressemble à celle de Machu Picchu. Ils habitaient dans des maisons circulaires, des temples, et ils avaient sûrement une conception philosophique différente de la nôtre. Malheureusement, les enfants d’aujourd’hui n’ont pas accès au matériel pouvant leur expliquer l’histoire de ce peuple. Et c’est cette réalité qui m’a motivée pour faire ce film.
 
Votre deuxième film raconte l’histoire des afro-péruviens !

Je suis tombée amoureuse des afro-péruviens. Je suis allée à Chincha et cela m’a passionnée de voir tous ces mouvements artistiques et culturels. Notamment les associations des ONG qui reconnaissent leur histoire, leur droits et cherche surtout une  reconnaissance historique celle de  la mémoire de son peuple Afro- péruvien. Je crois que c’est important car il règne beaucoup de racisme. On vit dans un pays multi-culturel, multi-ethnique et toutes ces cultures ne s’acceptent pas forcément entre elles. Sont présents les Indiens qui viennent de la partie quechua et aymara, les métisses de la côte péruvienne, les indigènes d’Amazonie et les afro-péruviens. Je crois que les afro-péruviens se sont intégrés plus facilement aux indigènes car les indigènes d’Amazonie et de la partie Quechua ont crée des associations et des mouvements qui défendent les indiens. Et les afro-péruviens se sont dit « Pourquoi pas nous ». Ils se sont organisés et se sont intégrés. Et c’est à partir de là que j’ai rencontré un personnage très intéressant et par son intermédiaire l’histoire des afro-péruviens est retracé.. 
 
Comment en êtes-vous venue à la réalisation ?

J’ai commencé mon parcours en suivant une école de théâtre pour devenir comédienne. Puis j’ai changé ma vision pensant que la pédagogie théâtrale m’intéresserait davantage. Par la suite, j’ai eu l’occasion de faire l’école de Roble Godoy école du cinéma. A partir de là, j’ai travaillé dans les chaînes les plus importantes de Lima Panamericana Television surtout pour des feuilletons. Rapidement, je me suis rendue compte que c’était très commercial, très speed, et que la pression était permanente. Après j’ai été stagiaire chez Lombardi pour le film «  Le tombeau du ciel «  et j’ai vraiment réalisé que c’était dans le domaine du cinéma que je voulais travailler. Je suis partie à Cusco pour le festival latino-américain et suis restée là-bas. Le réalisateur Luis Figueroa m’a adoptée et formée pendant des années. On travaillait sur place avec des co-productions étrangères..
 
Vous avez étudié le cinéma au Pérou mais aussi en France. Qu’avez-vous appris chez nous ?

 

J’ai étudié en France la direction de production et pour moi c’était important. En effet, je venais d’une école concernant tout ce qui est production, réalisation mais je ne connaissais pas la politique française, le mécanisme des productions. Et je pensais que c’était pareil. Or je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup à apprendre, que c’était un autre type d’organisation. Et qu’il fallait rentrer dans le système sinon on était en dehors de tout.


J’ai appris les mécanismes de production d’ici au niveau des pré-achats des chaines de TV, des achats, l’avance sur recette. En fait en France on travaille plus avec les subventions qu’autre chose. On ne fait pas un film pour le faire. Il existe une co-production, et beaucoup de soutien pour l’écriture, la production, la post-production et la distribution du cinéma indépendant. J’ai pu rencontrer des gens de la production, des réalisateurs et surtout des techniciens. Ces derniers sont attachés au système des intermittents du spectacle. C’est une autre vision du cinéma et ça m’apporte beaucoup. Ainsi si des réalisateurs ou producteurs péruviens viennent en France, je peux leur expliquer les démarches à suivre pour co-produire des films en France. 
 
Avez-vous des projets ?

Je suis en pleine écriture mais je n’en parle pas pour l’instant..
 
Quels sont vos souhaits particuliers ?

J’espère que le festival va ouvrir un marché de plus en plus important et que de plus en plus de films péruviens seront sur les écrans français comme « Fauta la teta asustada » de Claudia Llosa qui sort en salle le 17 juin 2009. On espère vraiment  le soutien du public français.
 
Agnès Figueras-Lenattier

Europa-Latina